La journée de vendredi était une journée de pause dans la campagne, avant les élections qui se sont déroulées samedi dans quelques 2500 bureaux de vote sur tout le territoire mauritanien avec un peu plus d’un million d’électeurs. Les votes ne sont pas encore tous dépouillés, vue l’étendue du pays et ses villages perdus au fond du désert. Environ 250 observateurs ont été missionnés par l’Union Africaine (voir article blog) et l’Organisation Internationale de la Francophonie, mais ils ne se sont pas encore prononcés sur le déroulement de la journée de vote.
Sans surprise, c’est le candidat Mohamed Ould Abdelaziz (en photo), surnommé Aziz, qui sortirait vainqueur de ces élections présidentielles avec quelques 52% des voix (résultats partiels, 80% des votes dépouillés), ne nécessitant pas l’organisation d’un deuxième tour. Il avait d’ailleurs clamé haut et fort ces derniers jours qu’il gagnerait les élections dès le 1er tour. C’est donc chose faire !
Sans surprise également, ses opposants ont dénoncé la « mascarade électorale » devant la presse ce matin. « Cette élection ne sert qu’à donner un masque de légitimité à l’auteur du putsch d’août 2008 », selon le candidat Boulkheir, président de l’Assemblée nationale et fervent opposant au coup d’état de l’été dernier.
Aziz serait donc le deuxième président démocratiquement élu en Mauritanie, le premier étant Sidi Ould Cheikh Abdallahi, élu en 2007 et renversé par Aziz lui-même en août 2008… Au moins, on ne s’ennuie pas ! Mais les électeurs eux se sentent lassés, d’autant plus qu’une première campagne a déjà eu lieu au mois de mai pour des élections initialement prévues le 6 juin, et finalement reportées grâce aux Accords de Dakar : les opposants boycottaient cette campagne et souhaitaient avoir plus de temps pour mettre en place le processus démocratique de ces élections.
Les résultats provisoires sont les suivants (pour un taux de participation de 61.64%):
52.3% Aziz
16.77% Boulkheir
13.16% Ould Daddah
5.01% Sarr (minorité noire)
4,57% Jemil (parti islamiste)
3.79% Ely Mohamed Vall (président de la transition entre le coup d’état de 2005 et les élections de 2007)
Pour ma part, j’ai pu observer l’achat de voix pour 6 à 7000 ouguiyas, l’incitation au vote pour 2000 ouguiyas, et la confiscation de la carte électorale le jour du vote pour 10000 ouguiyas…
Hier soir, après les premiers résultats provisoires, les partisans d’Aziz faisaient déjà la fête : rassemblement de voitures sur le boulevard maritime, musique à fond, danse sur les toits des véhicules, lancement de fumigène, et même une voiture avec une plaque d’immatriculation tunée : "AZIZ PRESI" !

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